Interview Yves Wansi « Vue d’ensemble »

Nous avons eu envie de faire un zoom sur une association dynamique au thème noble : la socialisation des déficients visuels.

Bien sûr vous savez ce qu’est être aveugle mais connaissez-vous le fait d’être mal voyant et toutes les nuances qu’il y a autour, toutes les difficultés de se trouver petit à petit ou soudainement dans une telle situation. L’association Vue d’Ensemble aide à y faire face avec sérieux et légèreté, avec savoir et optimisme, avec compétence et convivialité. Voici notre rencontre avec Yves Wansi, son président.

Yves Wansi de l’association Vue d’Ensemble, pourriez-vous nous parler de vous en quelques mots, nous dire qui vous êtes ?

Je suis un entrepreneur conférencier, cofondateur de l’association Vue d’Ensemble, avec sept autres personnes et président actuel de cette association.

Quel est l’objectif de l’association Vue d’Ensemble ?

Notre association milite contre la sédentarisation des déficients visuels et propose des projets leur permettant de se sociabiliser.

Vue d’ensemble a trois volets actions :

  • Information : que ce soit sur la recherche médicale, sur les possibles financements pour retrouver son autonomie, relancer ses études ou une formation ou même sur les autres associations. On cherche à regrouper toutes les informations pour que tout le monde puisse s’y retrouver. 
  • Loisirs : innovants et inhabituels pour les handicapés visuels, il s’agit d’activités pour tous, non-voyants, malvoyants et voyants, qu’il est important de mélanger pour que les voyants ne soient pas les béquilles des non-voyants. On propose de nombreux types d’activités, comme les dîners dans le noir, les apéros linguistiques, l’escalade, la randonnée by night, les défilés de mode, le café littéraire, le théâtre dans le noir, des vélos tandems, des afterworks, des expéditions… On était récemment en Sibérie, en Pologne, en Allemagne et on partira prochainement en Italie et dans l’Himalaya.
  • Insertion professionnelle : Le but est d’aider les handicapés, pour que des personnes retrouvent un emploi, développent leurs carrières et saisissent des opportunités. On organise des colloques, des séminaires et des conférences. On les accompagne également sur la création de cv, de lettres de motivation, la préparation des entretiens d’embauche. On informe aussi sur le financement de l’insertion professionnelle. 

Pourquoi créer l’association Vue d’Ensemble, pourquoi la malvoyance en particulier ?

Nous avons créé l’association Vue d’Ensemble parce que je suis concerné, je suis moi-même malvoyant et du coup je fais ce que je connais. Comme on dit au Cameroun d’où je suis originaire « la chèvre broute là où elle est attachée ». Je milite aussi dans d’autres associations, comme Lab inclusion, une association pour les sourds, je travaille avec des personnes atteintes de cancers ou encore une association de jeunes entrepreneurs… 

Comment avez-vous créé votre association Vue d’Ensemble ?

Il y a quelques années, lorsque j’ai découvert mon handicap, j’ai traversé une période assez difficile, de déni pendant 2 ans. J’ai fini par décider qu’il fallait que je passe à autre chose. J’avais en effet beaucoup de difficultés à lire et je me suis rendu compte qu’il fallait m’opérer. Mon opération a eu lieu en 2005, à Strasbourg. Ma vue s’est alors stabilisée et j’avais espoir que ma vie reprenne son cours. Je n’avais pas vraiment conscience de mon handicap parce que je m’étais toujours vu comme quelqu’un de valide, mais j’ai appris à l’accepter et à vivre avec. 

J’ai repris mes études et j’ai rencontré beaucoup de jeunes malvoyants sédentaires qui ne sortaient pas de chez eux. Je me suis alors rendu compte que les non-voyants et malvoyants étaient réticents à entrer dans les associations traditionnelles, je me suis dit qu’il fallait lancer notre propre association qui ne sera pas une simple association de mal voyants, mais une association pour bouleverser les codes. Entre 2009 et 2012 j’ai rencontré tout un tas de personnes des médecins, des ophtalmologues, des voyants et des malvoyants, pour créer l’association Vue d’Ensemble et ses trois volets.

Est-ce que tout le monde peut intégrer cette association, est-ce une association ouverte à tous ?

Bien sûr ! Le plus jeune membre est mon fils, il a 17 mois, et le senior approche de ses 75 ans. Il y a des familles entières, vraiment tout le monde peut participer. La moyenne d’âge tourne autour de la trentaine. Nous comptons plus de 120 membres.

Qu’elles sont les actions principales de l’association Vue d’Ensemble ? Celles qui ont le plus de succès ?

Les randonnées by night, les dîners dans le noir, les cours de danse (de salsa), les cours de chants, l’escalade… Il y a vraiment énormément de choses qui marchent bien. On a vraiment fait le buzz avec le projet Baïkal, l’année dernière.

On a en revanche un peu stopper le café littéraire car ça demande du boulot et on a tellement de choses à faire qu’on a plus forcément le temps pour cela.

Comment organisez-vous tout cela, quels sont les moyens à votre disposition ?

L’association Vue d’ensemble ne reçoit pas de subventions de l’Etat, ce qui nous permet d’être libre. On reçoit beaucoup de dons et on vit avec le mécénat. Les activités que l’on propose sont payantes même si les prix sont avantageux. Et tous les membres sont des bénévoles, qui s’occupent très bien de leurs projets. Ils sont vraiment à fond dans les projets de l’association, cela a pu permettre à certains de trouver du travail, de se sociabiliser, de faire des rencontres… Chacun y a trouvé son intérêt. 

N’est-ce pas un peu compliqué de trouver des activités qui intéressent tout le monde, voyant, non voyant, de tout âge et de tous horizons ?

Non ce n’est pas compliqué. On a osé, depuis le début et ça a marché. On s’est dit dès le départ qu’il fallait trouver des activités pour tous nous retrouver. On n’y croyait pas tous au début, il a parfois fallu nous convaincre nous-même de nous lancer. Il y a eu des flops, bien sûr, mais il y a eu vraiment beaucoup de réussites et cela dès le départ. Je pense que c’est parce qu’on a osé qu’on a pu montrer que c’était possible. Le handicap n’est pas un frein, on peut vivre comme tout le monde et c’est valable pour tous les handicaps.

Quel est la plus grosse action menée par l’association Vue d’Ensemble jusqu’ici ?

C’est Baïkal, on a pu récolter plus de 100 000 euros en 6 mois. C’était un projet énorme. 

Le lac Baïkal est un lac gelé en Sibérie orientale, la plus grande réserve d’eau douce au monde. En hiver, c’est un endroit très réputé pour les expéditions. On y est allé, c’était tout une aventure. On a dormi sur le lac, traversé le lac, on a parlé de nous sur France 5. Au-delà du handicap, on voulait montrer la capacité des handicapés à se dépasser, à se transcender, que tout est possible avec la volonté.

Notre expédition a été relaté dans un film, qui a gagné 2 prix et qui a été diffusé sur France 3 et dans les écoles. Le film s’appelle Défi Baïkal, au-delà de la lumière, de Olivier Weber. Une version est disponible sur notre site.

On est parti de février 2017 a mars, le film sorti en octobre et il vit encore. Cette expérience a permis de sensibiliser les gens. 16 participants ont fait « la traversée », en binôme valide/non valide. Il a fallu un an d’entrainement.

 Il y a clairement un avant et un après, des entreprises nous appelle pour faire des conférences sur le team building, avec notre équipe de bras cassé, on a réussi à créer une « dream team ».

 On est en train de préparer une expédition qui s’appelle « Himalaya ensemble », on aimerait simplement partir gravir les montagnes avec de nombreux participants malvoyant mais vraiment très sportifs. On partirait aussi avec un enfant infirme moteur cérébral et son père, tous les deux très courageux. 

Y a t il un projet que vous aimeriez particulièrement mener à l’avenir avec l’association Vue d’Ensemble ? 

Il y en a deux. Le premier projet est de créer une coopérative d’emplois pour que les malvoyants et les voyants travaillent ensemble dans une même entreprise. Un projet qui est déjà bien avancé.

Et aussi créer une entreprise solidaire de réparation de vélos gérée par des mal voyants, que j’espère lancer en 2020.

On pense aussi à ouvrir un restaurant dans le noir et d’autres projets comme ça, mais ces deux-là me tiennent vraiment à cœur. 

Quel est votre plus beau souvenir avec l’association Vue d’Ensemble ?

Ce n’est pas vraiment un souvenir, c’est plus un constat, une réalisation… C’était l’année dernière, lors du premier concert de notre groupe de chorale. Dans l’association Vue d’Ensemble, on a tout type de cultures et sur scène il y avait un africain, un gitan, un marocain, des français… Une véritable brochette multiculturelle. Et j’étais bluffé parce nous avons réussi à mélanger pleins de cultures avec une facilité déconcertante. On s’entend bien, parce qu’on s’amuse ensemble et cela dans toutes les activités, c’est quelque chose que je vis tous les jours. 

Comment peut-on soutenir votre association Vue d’Ensemble ?

En nous donnant des sous !!! Non, sérieusement, vous pouvez simplement vous impliquer dans les projets de l’association, en venant à nos activités. La meilleure participation c’est de venir et vous impliquer avec nous. 

Le mot de la fin ?

Mon père disait toujours « il ne faut jamais regretter de ne pas avoir essayé », alors essayez les choses pour ne pas regretter plus tard. Et n’hésitez pas à suivre les actualités de Vue d’Ensemble, par exemple sur facebook !

Voir aussi : L’interview du designer UX UI

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s